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Chirurgie esthétique, tatouage, piercing : L’image du corps

Chirurgie esthétique, tatouage, piercing : L’image du corps

L’image que renvoie le corps est de plus en plus vécue comme un brouillon qu’il faut corriger par le recours à la chirurgie plastique, aux tatouages, aux piercings, etc.

« La beauté est une meilleure recommandation que n’importe quelle lettre » , écrivait Aristote.

L’image de soi – entendue ici comme « apparence physique » – n’est pas seulement vécue du dedans, elle est également renvoyée par le regard des autres. Notre image se dévoile au-dehors de nous-même et est, à cet égard, de plus en plus vécue comme un brouillon qu’il faut sans cesse corriger, dont il faut gommer ce que nous percevons comme des imperfections et qu’il faut, pourquoi pas, façonner avec des tatouages, piercings et autres pratiques.

La plastique, l’équivalent d’un diplôme

Dans notre société, il ne fait plus aucun doute que le regard que l’on porte sur le corps est chargé de représentations culturelles et n’a en ce sens rien de spontané. Celui-ci transmet un imaginaire social de la beauté. Les médias y concourent d’ailleurs notablement en véhiculant sans cesse une image du corps stéréotypée et tendant vers un idéal qui attise chez les individus le désir de changer l’image de leur propre corps.

Dès après la Seconde Guerre mondiale, les premières campagnes publicitaires faisant du vieillissement – pourtant naturel – une difformité, voient le jour et leur cible première est la femme.

Ce marché économique de la beauté est aujourd’hui très porteur.

Nous évoluons désormais dans une société où l’apparence physique est primordiale et si cette dernière se trouve par trop éloignée des normes conventionnelles, on en subit les malheureuses conséquences, allant parfois jusqu’à la marginalisation sociale. En effet, un individu ayant un physique jugé non conventionnel part défavorisé sur le marché du travail. Il n’es pas exagéré de dire que notre société a fait de la beauté plastique l’équivalent d’un diplôme.

Cette dictature de l’apparence peut avoir de fortes et insidieuses répercussions sur le psychisme, comme l’angoisse de la prise de poids – débouchant par exemple sur une anorexie ou une boulimie -, la hantise du vieillissement…

Ajoutons que ce réductionnisme matérialiste peut s’avérer très dangereux pour certains individus car il est incontestable que l’image est vouée à se modifier avec le temps, aussi quiconque ne s’identifie que dans l’image de son corps ne peut finir que dans la haine et le dégoût de soi.

Chirurgie plastique et distinction

L’appellation de « chirurgie plastique » est une appellation globale qui concerne la totalité des interventions qui modifient, réparent ou embellissent les téguments et les formes du corps humain.

Il est par conséquent une distinction à faire entre chirurgie esthétique et chirurgie réparatrice, la première faisant passer du « normal » au « beau » et la deuxième de « l’anormal » ou pathologique au « normal ». Ainsi, la chirurgie réparatrice tend notamment à effacer ou amoindrir des dommages subis par le corps (brûlures, morsures, maladies tel que le cancer) ; cette chirurgie a pour fonction de réparer un défaut et tend vers la meilleur amélioration possible.

La chirurgie esthétique, quant à elle, est motivée par le vieillissement, la grossesse ou des disgrâces non pathologiques, et non pas par les séquelles d’une maladie ou autre pathologie.

Cette chirurgie est pour nombre d’individus la réponse qu’ils trouvent aux diktats de la société. A savoir : en France, 350 000 interventions sont menées par an, dont trois sur quatre sur des femmes.

Aujourd’hui, aucune couche sociale ne semble épargnée par ce phénomène face à un idéal préfabriqué, lequel est convoité par des individus de plus en plus jeunes. Aux Etats-Unis par exemple, 220 000 personnes de moins de 18 ans avaient déjà subi des interventions de chirurgie esthétique en 2003, selon l’American Society for Aesthetic Plastic Surgery.

La beauté physique et son idéal véhiculé par les médias a pris tant d’ampleur qu’il existe dorénavant ce que l’on appelle le tourisme esthétique, ainsi que des agences spécialisées sur le créneau, qui proposent à leurs clients des formules contenant un séjour touristique et un acte médical !

Ces pratiques d’interventions chirurgicales soulèvent de nombreuses questions, en raison des normes physiques assénées par la société et relayées par les médias : les problèmes raciaux, les problèmes économiques, les risques d’eugénismes, la mise en danger de la santé…

Piercings, tatouages et scarifications

Bien qu’il y ait aujourd’hui une recrudescence de ces pratiques de modification corporelle, ces dernières sont ancestrales et existent dès le néolithique. Les hommes et les femmes de la tribu Mursi, en Afrique, par exemple, s’inséraient déjà des disques d’argile dans les lobes des oreilles ou la lèvre inférieure ; la momie Ötzi, découverte dans les Alpes de Ötzal, en septembre 1991, a dévoilé, elle, de petits tatouages très stylisés, probables signes de tatouages thérapeutiques.

Ces pratiques de modifications corporelles traduisent selon l’individu, le lieu et l’époque, l’appartenance à un groupe, un rang, un statut social, ou encore expriment un symbole religieux ou sexuel. Elles symbolisent un rite de passage dans de nombreuses cultures comme le passage de l’adolescence à l’âge adulte ou celui du statut de célibataire au statut marital.

Ces pratiques qui connaissent depuis ces dernières décennies un renouveau étaient auparavant proscrites par les grandes religions monothéistes et ont donc, en Occident, été longtemps réservées aux individus marginalisés tels que les bagnards, les gens du voyage…

Ce renouveau a tout d’abord été constaté dans certains groupes – hippies, punks, sado-masos – avant d’être valorisé par la mode et les artistes.

Tout comme, aujourd’hui, la chirurgie esthétique, ce phénomène concerne l’ensemble des milieux sociaux mais touche plus particulièrement les jeunes, alors en quête d’une identité basée sous le signe de la différenciation ; ces pratiques ont alors pour fonction d’être des marqueurs identitaires.

Outre la pratique du piercing et du tatouage, il existe des formes bien plus extrêmes tels que les scarifications et le « branding ».

Incision superficielle de la peau, la scarification conserve cependant une connotation beaucoup plus forte et plus violente que le tatouage et son but serait, selon le psychiatre Xavier Pommereau, d’être perçu comme « écorché vif ».

Le « branding » est une procédure de scarification qui consiste non en une incision mais en une brûlure de la peau faite au contact direct d’un fer.

Ces formes extrêmes comportent des dangers certains car elles sont caractérisées par des incisions ou des perforations de la barrière naturel cutanée ou muqueuse. Les risques de transmission d’infections bactériennes ou virales sont donc importants ; quant à la limite avec l’auto-mutilation, elle est pour le moins ténue.

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